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Peut-on vivre dans la sainteté ?

- Vous m’aviez promis d’examiner l’enseignement de l’Epître aux Romains quant au péché en rapport avec deux effets de la mort de Christ : l’un, la purification des péchés, l’autre, la puissance pour la marche pratique. Le premier point, je crois l’avoir compris tandis que le second ne m’est pas encore clair.

- C’est déjà une bonne chose, cher ami, d’avoir saisi la purification des péchés par la mort de Christ. Tu peux bénir le Seigneur de t’avoir accordé cette grâce. C’est la première des choses pour jouir de la faveur de Dieu. C’est la base d’une marche en sainteté. « Christ a été livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification ; ayant donc été justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, par lequel nous avons aussi accès par la foi à cette faveur dans laquelle nous sommes » (Rom. 4 :25 ; 5 :1). Mais, en effet, les deux côtés de la croix de Christ dont tu as parlé sont bien distincts. On peut les résumer ainsi:

1. Christ est mort pour nos péchés (1 Cor. 15 :3 ; Rom. 4 :25 ; 1 Pi. 2 :24 ; etc.)
2. Moi, je suis mort avec Christ, et je dois me tenir pour mort au péché (Gal. 2 :19 ; Col. 3 :3 ; Rom. 6 :2,10,11).

La première vérité est le sujet des chapitres 1 à 5 (jusqu’au verset 11) de l’Epître aux Romains. La seconde est traitée ensuite jusqu’à la fin du chapitre 8 ; pour l’apprendre en pratique, il faut avoir découvert les sources du mal qui existent dans le cœur. La loi de Moïse est utile pour nous aider à voir ces problèmes, mais elle ne peut pas les résoudre.

- Et pourquoi donc?

- Penses-tu que la lumière qui vient éclairer les immondices d’un cachot, puisse les en ôter ? Et peut-elle empêcher leur prolifération ? Permets-moi, en passant, de te faire remarquer l’une des conséquences fâcheuses lorsqu’on prend la loi comme règle de vie. La loi a affaire au péché, non pas au « monde ». Donc si l’on forme sa règle de vie d’après la loi, on cherche à éviter ce qui est évidemment immoral, grossier et condamné par la loi ; tandis qu’on laisse de côté tout ce qui se rapporte à la sainteté, dont on trouve l’expression dans la vie de Jésus quand il était sur la terre. On ne recherche pas « les choses excellentes » (Phil. 1 :9-10). Penses-tu qu’ainsi le niveau moral de la marche pratique puisse être élevé?

- D’après ce que vous dites, il me semble, en effet, que la loi tend plutôt à l’abaisser ; mais alors je ne comprends pas pourquoi Dieu l’a donnée.

- C’est une autre question que nous aurons peut-être le temps d’examiner ; en attendant, ce qui est clair : Dieu n’a pas donné la loi comme règle de vie pour le chrétien. La Parole déclare formellement que le chrétien est « mort à la loi » par le corps du Christ (Rom. 7 :4 ; Gal. 2 :19). On ne fait pas de « règle de vie » pour un mort.

- Mais cela mène à la débauche !

- Non. On est mort à la loi, « afin de vivre à DIEU ».

- J’ai de la peine à comprendre.

-C’est pourtant ce que Dieu dit dans sa Parole. Ne faut-il pas se soumettre à ce que Dieu dit. Tu verras aussi que Dieu donne au chrétien une puissance positive pour la marche. La loi ne le peut pas. Mais le Saint Esprit occupe notre cœur de Jésus (Jean 16 :14).
Ce qui regarde la loi se présentera naturellement dans le cours de notre entretien. Nous verrons que Dieu l’a donnée pour mettre en évidence le péché caché dans le cœur, c’est-à-dire, pour faire ressortir ce principe du mal par le moyen des transgressions. Chacun peut s’en rendre compte, sa conscience étant éclairée par la loi (Gal. 3 :19).

- Quelle différence faites-vous entre les péchés et le péché ?

- « Le péché » est la racine du mal qui existe en nous, notre nature corrompue, appelée aussi « la chair », caractérisée par une volonté rebelle à Dieu et un cœur rempli de convoitises ou de mauvais désirs. – « Les péchés » sont les actes qui proviennent de cette mauvaise racine, et qui sont plus ou moins condamnés par la conscience naturelle là où il n’existe pas de loi donnée de Dieu. Ils prennent la forme d’une transgression de loi, du moment qu’il y a une loi qui les définit et les met à jour. Nos péchés sont expiés par le sang de Christ. Il les a portés dans son propre corps sur le bois et en a subi le jugement à notre place. Mais quant au « péché dans la chair », il est dit que Dieu l’a condamné, « ayant envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché, et pour le péché », c'est-à-dire, comme sacrifice pour le péché. C’est dans la mort de Christ, en dehors de nous, que Dieu a agi à l’égard du péché qui se trouve en nous, et l’a condamné. Voilà ce que la loi ne pouvait pas faire.

- Pourquoi ne pouvait-elle pas le faire ?

- Parce que, dans sa nature, elle s’adresse à la chair ; elle reconnaît que la chair est vivante et qu’elle agit en faisant ce qui est mauvais ; dès lors elle ne peut que faire ressortir que la chair est rebelle et ne peut être améliorée ; car, par le moyen de la loi, la méchante volonté cachée dans le cœur se traduit par des actes de rébellion qui sont, en d’autres termes, des transgressions de la loi. Or la loi maudit le transgresseur et annonce que sa fin, c’est la mort ; mais elle ne peut aller plus loin : elle nous trouve méchants et ennemis de Dieu, et nous laisse convaincus de péché et condamnés. Je parle de ceux qui ont la conscience éveillée pour écouter ce que dit la loi.

- Mais si nous sommes nés avec une nature corrompue et qui ne peut que pécher contre Dieu, pourquoi sommes-nous responsables devant Dieu des péchés que nous commettons ?

- Le pouvoir de faire une chose n’a rien à faire avec la responsabilité. Un homme qui fait faillite ne peut pas payer ses dettes, mais n’est-il pas responsable quand même de les payer?

- Oui, c’est juste. Je comprends que la responsabilité dépend de la position où l’on est vis-à-vis de Dieu, car nous sommes ses créatures.

- Le fait est que l’homme, ayant été créé innocent, a voulu s’élever jusqu’à Dieu, et, par la désobéissance, il a acquis la connaissance du bien et du mal, c'est-à-dire la conscience naturelle. « Le péché » est entré dans le monde, et depuis ce moment-là l’homme a aimé le péché et a vécu dans un état de désobéissance.

- Est-ce que Dieu nous punit à cause de cela ?

- Non pas à cause de notre nature déchue, mais pour les péchés que nous avons commis contre Dieu, et qui sont jugés soit d’après la conscience naturelle, là où il n’y a pas de loi, soit d’après la loi, lorsque celle-ci est connue (Rom. 2 :12-16). Ce sont les œuvres qui seront jugées (Matt. 16 :27 ; Jean 3 :19 ; Apoc. 20 :12). Et tu sais que, d’après les Ecritures, celui qui est jugé pour ses péchés est condamné infailliblement, et ne peut attendre autre chose que les peines éternelles.

- C’est pour cela que Dieu a envoyé son Fils bien-aimé afin de nous en délivrer. Quel amour !

- Oui. Et la mort du Fils de Dieu a eu un autre effet, savoir, de condamner le péché dans la chair. Notre nature corrompue et tout ce qui en ressort, en un mot, « le péché dans la chair », a reçu son jugement moral. La position de Christ mort et ressuscité devient celle du chrétien. Etant saisie par la foi, selon l’opération de l’Esprit de Dieu, cette position devient la puissance positive pour nous faire marcher en sainteté.

- Je ne comprends pas bien cela.

- Ne vois-tu pas que, dans la mort de Christ, Dieu a montré qu’il ne veut pas de péché du tout. C’est la grandeur du sacrifice qui nous fait voir combien le péché est odieux. Et si, d’un côté, le pécheur est complètement délivré du fardeau de ses péchés par cette expiation de valeur infinie, en même temps, dans la mort du Fils de Dieu, une condamnation complète a été prononcée contre sa nature corrompue.

- Mais la condamnation ne donne pas de puissance morale contre le mal.

- S’il n’y avait que ça, il est vrai que la mort de Christ aurait mis fin à tout espoir. Mais Christ est ressuscité, et « la loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus nous a affranchis de la loi du péché et de la mort » (Rom. 8 :2). Ayant la vie en Christ, le chrétien, quant à sa nature, peut bénéficier de tout ce que la mort de Christ lui apporte. Le chrétien peut dire : « Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (Gal. 2 :20). La chair est une chose tellement mauvaise, qu’il n’est pas possible de la corriger ou de l’améliorer en quoi que ce soit. Dieu même ne cherche pas à la rendre meilleure ; il est écrit qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas (Rom. 8 :7). Ce n’est que par la mort qu’on peut en être délivré. Un homme mort ne pèche pas.

- Voulez-vous dire qu’on ne pèche plus après qu’on est mort ?

- Précisément, je parle du principe. S’il y avait un cadavre ici, devant nous, on ne pourrait pas affirmer que celui-ci ait encore une volonté méchante ou des convoitises.

- Ainsi, d’après vous, on ne peut jamais être délivré des mouvements de la chair, c'est-à-dire du péché, tant que l’on est en vie ?

- Pardonne-moi. C’est ici que la foi agit. Elle regarde à Christ : Christ est mort, mais il est aussi ressuscité. Dans sa mort, il a eu affaire au péché, il a été fait péché pour nous ; mais dès ce moment, tout rapport avec le péché a cessé pour lui à toujours. En ce qu’il vit, « Il vit à DIEU ». Or la foi saisit cette position de Christ et se l’approprie ; voici ce qui est écrit : « Christ ayant été ressuscité d’entre les morts ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui ; car, en ce qu’il est mort, il est mort une fois pour toutes au péché ; mais en ce qu’il vit, il vit à Dieu ; de même vous aussi tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom. 6 :11).

- Mais comment voulez-vous qu’étant vivant je me tienne pour mort ?

- Je te réponds, cher ami, par une autre question : qu’est-il écrit ? La foi s’en tient à la Parole de Dieu.

- Mais je ne me sens pas mort.

- Il ne s’agit pas de sentir, mais de croire ; un homme mort ne sent rien ; il s’agit de prendre par la foi une position que Dieu nous donne.

- Mais croyez-vous qu’on puisse vivre sans pécher ?

- Ne raisonne pas, cher ami, sur ce que tu penses ou sur ce que tu peux. Cela n’est pas de la foi. Rappelle-toi la réponse de Jésus à ses disciples (Luc 17 :5-10). Le Seigneur nous dit aussi : « Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15 :5).

- Un homme peut-il atteindre un tel état de sainteté, que le péché en lui n’agisse plus du tout ?

- Cher ami, nous ne voyons pas dans les Ecritures qu’il soit question d’atteindre cet état. C’est Satan qui cherche à travestir les pensées de Dieu ; fais bien attention. Tu t’imagines qu’il faut atteindre un but, tandis que Dieu nous présente ici le point de départ de la foi pour une marche en sainteté. Vois-tu la différence?

- Oui ; et pourtant il faut mater la chair, afin qu’elle n’agisse pas.

- Certainement, mais on ne le fait pas pour atteindre un état de sainteté, où le péché ne se ferait plus sentir ; ce n’est pas ainsi que Dieu nous présente la marche chrétienne. Remarque encore que tant qu’on fait des efforts pour atteindre cet « état de sainteté », il est évident qu’on ne se tient pas pour mort au péché ; en sorte qu’on ne marche pas dans l’obéissance. De plus, comme on n’atteint jamais cet état, on s’excuse plus ou moins pour les manquements que l’on découvre, les péchés que l’on commet, pensant qu’on n’a pas encore fait assez de progrès pour pouvoir les éviter. Ainsi la conscience s’émousse et devient indifférente à l’égard d’une foule de mauvaises choses. Mais du moment que j’accepte pleinement la position que Dieu me donne, m’associant à Christ dans sa mort, je reconnais que Dieu ne veut pas de péché du tout, et que je ne devrais pas pécher, - pas plus qu’un homme mort. Ainsi, tout péché devient une occasion de confession à Dieu et de jugement de moi-même ; et ma conscience est exercée à l’égard de la sainteté dans sa présence. Quel amour de Dieu, de m’associer ainsi à Son Fils !

- Mais comment peut-on se tenir pour mort lorsqu’on sent qu’on ne l’est pas ?

- Si l’on se sentait mort, ce ne serait pas la foi du tout. Mais on n’a pas à regarder à soi-même, mais à Christ. N’est-il pas vrai que Christ est mort au péché et qu’il vit à Dieu ?

- Oui.

- Eh bien ! La position de Christ est la nôtre ; il faut marcher avec les yeux arrêtés sur lui. Le Saint Esprit nous est donné pour cela aussi.

- Mais comment, en pratique, peut-on réaliser le fait que l’on est mort ?

- De deux manières. D’abord, quant à notre état, on ne cherche pas à rendre meilleur ce que Dieu a condamné une fois pour toutes dans la mort de Christ. On regarde la chair comme étant toujours méchante, foncièrement corrompue, et l’on n’a plus confiance en elle. Ensuite, quant à la conduite, la pensée que je suis mort avec Christ me garde du mal lorsque la tentation se présente. Il est écrit que « ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises » (Gal. 5 :24).

- Qu’est-ce qu’on entend par les passions et les convoitises ?

- Ce sont les deux côtés de la chair, le côté passif et le côté actif : je souffre ou je désire. Si l’on me fait souffrir, je me rappelle la mort de Christ, et je me remets à Dieu (1 Pi. 2 :23), sans chercher à me justifier ou à revendiquer mes droits. S’il est question d’agir, de faire, de posséder quoi que ce soit, je me demande : Est-ce pour toi ou pour la gloire de Christ ? Toi, tu es mort ; je n’ai plus rien à chercher pour celui qui est mort ; mais j’ai à vivre pour Christ dans le monde où il a été rejeté et mis à mort. J’ai à me tenir pour « mort au péché et vivant à Dieu ».

- Je crois comprendre maintenant la différence entre le « point de départ » et le but qu’on vise. La mort de Christ est le point de départ de la marche chrétienne et des raisonnements de la foi, si je puis dire ainsi.

- Tu as raison, cher ami ; c’est bien ça. Si je m’efforce à me sentir mort, je n’y arrive pas ; mais si je prends la chose tout simplement comme Dieu le dit dans sa Parole, j’y découvre une force pour mon esprit et pour ma conduite, et je pense à Christ et non pas à moi-même. Puis, la résurrection de Christ est toujours là pour réjouir mon cœur et me donner force et courage : le jour va bientôt venir où nous serons identifiés avec lui dans la ressemblance de sa résurrection. Alors toutes les peines, les épreuves et les luttes de la vie présente auront pris fin définitivement. En attendant, et c’est notre grand privilège, nous pouvons rendre témoignage au Seigneur devant ce monde, « sachant ceci, que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit annulé pour que nous ne servions plus le péché » (Rom. 6 :6). Si nous sommes placés par grâce « en Christ », notre conduite devrait faire ressortir que Christ est en nous, c'est-à-dire que notre marche est, de toute manière, digne de lui. L’apôtre dit : « Christ vit en moi », après avoir dit : « Je ne vis plus moi ».

- Il me semble que cette mesure est bien élevée, trop élevée pour moi.

- Il suffit de croire ce que Dieu dit pour ne pas arriver à une telle conclusion. « Nous marchons par la foi ». Dieu ne peut se contenter d’autre chose que de la perfection qui est en Christ, ou bien oserait-on dire qu’il se contente d’une perfection inférieure ? Nous ne devrions pas chercher un autre modèle. Mais nous n’aimons pas être complètement mis de côté. Dieu nous a fait connaître une rédemption parfaite en Christ .Alors le cœur du racheté devrait chercher à marcher d’une manière digne du Seigneur, pour lui plaire à tous égards (Col. 1 :10). Il y a davantage : Dieu nous a donné son Esprit qui rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, l’Esprit habite en nous et ne peut rien tolérer qui ne soit pas Christ.

- Je crois pouvoir dire que mon cœur cherche la sainteté pour la gloire de Christ ; mais ce que vous venez d’exposer me paraît au-delà de mes forces, donc impossible à atteindre.

- Oui, certes, s’il ne s’agit que de notre force, mais tu as toujours devant toi l’idée d’atteindre, au lieu d’accepter la place que Dieu te donne « EN CHRIST ». Il est dit que « si Christ est en vous, le corps est bien mort à cause du péché, mais l’Esprit est vie à cause de la justice » (Rom. 8 :10).

- Je ne comprends pas cela.

- Si le cœur est réellement attaché à Christ et rempli de lui, il en résulte une marche en conséquence. La vie de Christ se manifeste en nous de telle manière que le corps, siège du péché, est bien mort et ne se manifeste pas par de mauvaises actions, tandis que l’énergie de la vie se déploie par le Saint Esprit, produisant sous son action seule, une justice pratique. L’apôtre dit : « Pour moi, vivre, c’est Christ ». C’est beaucoup dire, mais c’est le privilège béni de tout chrétien.

- Comment arrive-t-on donc à jouir en pratique de cette vérité ?

- Ah ! Cher ami, le chemin est souvent long pour nous, parce que nos cœurs ne sont pas soumis, que notre œil n’est pas simple et notre volonté n’est pas brisée ; mais Dieu, dans sa bonté, a planté pour nous bien des jalons que nous pourrons examiner ensemble. Pour le moment, recevons simplement ce qu’il dit quant à notre position, et plaçons-nous devant lui, pour qu’il opère en nous et le vouloir et le faire selon son bon plaisir. Nous avons bien de la peine à croire tout ce que Dieu dit au sujet du cœur de l’homme, ayant encore trop souvent confiance en nous-mêmes.



Auteur: Tiré du périodique "Le Salut de Dieu" 1880